Chapitre d’ouvrage
2026
Défendin Détard. Servir des alcools frappés : usages, formes et motifs des récipients en porcelaine au XVIIIe siècle. Élisa Bérard; Maxime Bray. La culture du flacon : usages et représentations visuelles des boissons alcooliques aux XVIIe et XVIIIe siècles, GRHAM, 2026, 978-2-9559546-6-9. ⟨hal-05663993⟩
L’article étudie l’histoire matérielle et culturelle du rafraîchissement des boissons alcoolisées, principalement le vin, les liqueurs et le punch, dans la société française du XVIIIe siècle. À partir de la notion de vin « frappé de glace », attestée dans le Dictionnaire de l’Académie de 1740, il replace cette pratique dans une histoire plus longue des débats médicaux et sociaux sur la consommation du vin frais, déjà discutée à la fin du XVIe siècle par Laurent Joubert. La généralisation du goût pour les boissons rafraîchies, particulièrement dans les milieux aristocratiques et fortunés, s’accompagne de la construction de glacières dans les demeures de plaisance et les résidences royales mais entraîne également la création d’objets spécifiques relevant des arts décoratifs : seaux à bouteilles, seaux à liqueur, cuvettes, rafraîchissoirs, seaux à verres, mais aussi meubles adaptés, comme les tables rafraîchissoirs visibles dans certaines représentations picturales du XVIIIe siècle. Ces objets participent pleinement du service à la française et traduisent l’importance accordée à la mise en scène du boire, notamment du champagne ou du vin de Reims servi frais. Une attention particulière est portée à la manufacture de Vincennes-Sèvres, qui joue un rôle décisif dans la rationalisation et la diffusion de ces formes. Dès 1752, la manufacture décline les seaux en différentes grandeurs, depuis les grands contenants destinés aux bouteilles jusqu’aux plus petits seaux à verres. Cette standardisation témoigne d’une adaptation de la production céramique aux pratiques de table des élites. L’article met enfin en évidence le rôle essentiel des marchands merciers parisiens dans la commercialisation de ces objets. Lazare Duvaux, notamment, vend des seaux en porcelaine de Vincennes et de Saxe à une clientèle aristocratique, tandis que d’autres marchands, comme Jean-François Nicolas Collié, permettent d’observer une diffusion plus large de ces objets dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. En croisant les archives des marchands, les registres de la manufacture de Sèvres et les documents de clients, l’étude éclaire ainsi l’évolution conjointe des formes, des usages et des circuits commerciaux liés au rafraîchissement des boissons dans la culture matérielle du XVIIIe siècle.