Résumé
L’architecture lombarde constitue encore aujourd’hui un domaine de recherche partiellement inexploré et sensiblement négligé dans le cadre des études historico-artistiques et architecturales sur le Haut Moyen Âge européen. Bien que l’intérêt historiographique pour la civilisation lombarde se soit affirmé dès le XIXe siècle, grâce à une intense activité de recherche historique et archéologique, il subsiste encore une carence notable d’études systématiques et approfondies sur l’héritage architectural de ce peuple. L’absence d’une véritable tradition architecturale indigène, conjuguée à la fragmentation des témoignages matériels conservés, a sans aucun doute contribué à la sous-estimation de ce champ d’investigation ; l’extrême discontinuité du legs monumental et la rareté des sources écrites contemporaines permettant de documenter précisément la production bâtie ont en effet constitué un obstacle méthodologique majeur.
L’architecture de l’époque lombarde, en particulier dans sa déclinaison religieuse, ne répond pas à un modèle évolutif linéaire ni ne se présente comme l’expression d’un langage unifié. Au contraire, elle manifeste une grande variété de solutions formelles, réparties de manière hétérogène tout au long des quelque trois siècles de présence lombarde dans la péninsule. Cette variété est imputable à de nombreux facteurs : influences locales, traditions constructives préexistantes, contacts avec d’autres cultures (byzantine, franque, romaine), ainsi que transformations internes à la culture lombarde elle-même, qui évolua d’une identité originellement païenne et tribale vers une forme de christianisme officiel et politiquement structuré.
Les sources matérielles, bien que partiellement redécouvertes et mises en valeur au cours des dernières décennies, demeurent fragmentaires et souvent analysées de manière hétérogène, tandis que l’attention des chercheurs s’est fréquemment portée sur les aspects politico-historiques et religieux, au détriment des spécificités de la production bâtie, notamment dans le domaine ecclésiastique.
Pendant longtemps, l’étude de l’architecture promue par les Lombards a donc dû s’appuyer presque exclusivement sur l’archéologie, avec des découvertes souvent fortuites qui, bien qu’ayant apporté d’importantes confirmations aux témoignages écrits – au premier rang desquels figure la Historia Langobardorum de Paul Diacre (Paolo Diacono) – ne se sont intéressées que de manière marginale à l’analyse structurelle, formelle et stylistique des édifices eux-mêmes. Il en a résulté une vision lacunaire et fragmentaire, incapable de restituer de manière cohérente la contribution architecturale lombarde à l’histoire de l’architecture médiévale.
Ces lacunes ont toutefois été partiellement comblées au cours des dernières décennies grâce à un renouveau de l’intérêt interdisciplinaire, favorisant l’interaction entre histoire de l’art et de l’architecture, archéologie médiévale, histoire des religions et anthropologie culturelle. Cette nouvelle approche a permis l’émergence d’études plus articulées, capables de lire la production architecturale non plus comme simple reflet matériel d’un pouvoir militaire, mais comme témoignage complexe de dynamiques culturelles, identitaires et religieuses profondément enracinées. La présente recherche s’inscrit dans ce courant interprétatif renouvelé, en se proposant d’étudier de manière systématique l’architecture ecclésiastique de fondation lombarde, dans la conviction qu’elle constitue l’une des clés les plus significatives pour comprendre l’originalité culturelle de ce peuple et sa capacité d’adaptation et de réélaboration des modèles existants.
L’objectif de ce travail de recherche est de combler, du moins en partie, cette lacune à travers une analyse critique et méthodologiquement structurée de l’architecture religieuse de l’époque lombarde, en approfondissant ses caractéristiques formelles, ses origines culturelles et ses dynamiques évolutives. À partir d’une réflexion préliminaire sur le contexte socio-religieux lombard, ainsi que sur les mécanismes de la commande architecturale et des rituels liturgiques, l’étude vise à explorer les modalités par lesquelles ce peuple germanique, dépourvu d’une tradition architecturale autochtone bien établie, a su recevoir, réinterpréter et finalement intégrer des éléments constructifs et symboliques d’origine tardo-antique et orientale.
À travers une analyse typologique des édifices de l’époque lombarde, répartis, lorsque cela est possible, en groupes chronologiquement distincts, la recherche s’est confrontée à la complexité d’un phénomène architectural hétérogène et souvent dépourvu d’une évolution linéaire. En l’absence d’un patrimoine matériel unifié et substantiel, il est apparu qu’une approche de type formel, plutôt qu’évolutif, se révélait plus apte à définir les caractéristiques propres au langage architectural développé dans les territoires sous domination lombarde. Ce langage, loin d’être l’expression d’une culture de la construction centralisée et cohérente, se manifeste plutôt comme le produit d’un pluralisme culturel et stylistique issu de l’interaction entre les Lombards et les différents contextes locaux dans lesquels ils se sont installés.
La constitution d’un corpus d’architectures ecclésiastiques de l’époque lombarde, articulé selon des critères typologiques et territoriaux, a permis non seulement une classification et une datation plus précises des édifices, mais aussi l’identification de modèles récurrents, de solutions formelles et de choix techniques attestant l’existence d’un langage architectural en partie reconnaissable, malgré la diversité de ses expressions. La présente étude ne se veut donc pas une simple anthologie monumentale, mais une proposition interprétative visant à reconstruire les traits distinctifs de l’architecture de l’époque lombarde, à en comprendre les logiques d’implantation, les significations symboliques et les fonctions, et à la replacer dans le cadre plus large de l’architecture haut-médiévale européenne. Cette recherche se veut une contribution visant non seulement à combler une lacune disciplinaire, mais aussi à redéfinir le rôle des Lombards dans la genèse d’une identité architecturale italienne du Haut Moyen Âge, en reconnaissant leur capacité à activer des processus d’hybridation culturelle et à promouvoir des formes originales d’expression architecturale, susceptibles d’influencer, de manière loin d’être marginale, les développements ultérieurs de l’architecture religieuse en Europe.
Jury
- Mme Sylvie BALCON-BERRY – Professeure, Sorbonne Université
- M. Alessandro VISCOGLIOSI – Professeur, Sapienza Università di Roma
- Mme Morana CAUSEVIC-BULLY, Université de Franche-Comté
- Mme Pascale CHEVALIER, Université Clermont Auvergne
- M. Mauro DELLA VALLE, Università degli Studi di Milano “La Statale”
- M. Carlo TOSCO, Politecnico di Torino