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Yvré-L'Évêque 2018 - Abbaye Royale de l’Épau - OC 434 « L'énigme Bérengère »

Rapport
2025
Jean-Yves Langlois, Samuel Bédécarrats, Denis Bougault, Cécile Chapelain de Seréville-Niel, Elsa Desplanques, et al.. Yvré-L'Évêque 2018 - Abbaye Royale de l’Épau - OC 434 « L'énigme Bérengère ». Inrap Grand Ouest. 2025, pp.366. ⟨hal-05599770⟩
En 2018, la décision du Conseil Départemental de la Sarthe, de transférer du chapitre à l’église, le gisant de la reine Bérengère de Navarre, femme du roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion, fondatrice de l’abbaye cistercienne masculine de l’Epau près du Mans, et décédée en 1230, a entraîné une série d’études. Portées en grande partie par la DRAC des Pays de la Loire (CRMH et SRA), ces études, tant historiques, que d’histoire de l’Art, de peintures, mais aussi d’analyses sanitaires sur l’état du tombeau et les mesures à prendre pour sa préservation, ont été effectuées entre 2018 et 2021.Un volet archéologique a rapidement complété cet ensemble, sous la forme tout d’abord d’un sondage dans l’église en 2019, à l’emplacement présumé du gisant en 1672. La décision de déplacement de ce dernier ayant été entérinée, une campagne archéologique a été diligentée par le SRA des Pays-de-la-Loire, avec trois objectifs : documenter la tombe du chapitre fouillée en 1960, dans laquelle fut découvert un squelette féminin interprété comme étant celui de la reine Bérengère, réaliser une analyse technique du gisant et de son socle à travers les vicissitudes du temps, et reprendre l’analyse anthropologique de plusieurs squelettes attribués à la fondatrice. Ce dernier point, faisant état de deux individus accompagnant le gisant depuis 1672, et du troisième issu de la fouille du chapitre, se heurtait à un écueil important, ces restes ayant disparus depuis au moins le début des années 1970.Le démontage du gisant, placé depuis 1989 dans le chapitre, a livré un coffre en plomb qui contenait l’ensemble des restes égarés. Ainsi, a-t ’il été possible de considérer sur le long terme l’ensemble de ce dossier, en se référant aux différentes études récentes.Le caveau funéraire du chapitre a pu être documenté graphiquement et photographiquement et sa description complétée par un sondage pratiqué jusqu’au substrat. L’analyse technique du socle du gisant a montré plusieurs états, laissant entrevoir au moins un déplacement du monument avant celui de 1672. Le gisant lui-même, comme l’ont remarqué les restaurateurs et les historiens de l’art, a été diminué, et des reliefs supprimés, là aussi avant 1672. Ses trois déplacements des XIXe et XXe siècle à la cathédrale se remarquent aussi sur les pierres du socle où les petits côtés ont été supprimés et remplacés par les extrémités du second grand côté, pour un coffre placé là contre un mur, au rebours de la position initiale dans l’abbatiale où il était centré dans le chœur.Les quatre os longs accompagnant dès 1672 le monument funéraire, appartiennent bien à deux personnes différentes. Il est donc difficile d’être certain qu’au moins l’un d’entre eux - si l’ensemble a été prélevé en une seule fois -, puisse provenir du corps royal. L’analyse anthropologique a pu être poussée plus en avant sur le squelette du chapitre, étudiée en 1963 par l’anthropologue Jean Dastugue, de l’université de Caen. Son âge, déterminé par l’analyse du cément dentaire, méthode plus fine que celles utilisées dans les années 1960, donne une même fourchette d’âge, autour de 65 ans. Soit l’intervalle induit par les maigres données historiques sur l’enfance de Bérengère. L’état de santé de cette personne s’avère bon, notamment au niveau de sa denture, complète à part une agénésie, avec une faible usure, et seulement une carie et un kyste, mais avec une présence notoire de tarte. Déjà remarquée en 1963, la pathologie touchant le pied gauche, a pu être précisée en décrivant un pied tombant impliquant une démarche asymétrique, l’utilisation d’une canne, avec des répercussions secondaires sur le squelette, signe d’une sciatique paralysante. Une interrogation subsiste sur l’absence d’une grande partie du pariétal gauche : fracturé lors de la réouverture de la tombe avant 1960 comme le pense l’archéologue ayant menée la fouille, ou pratiqué péri-mortem sur le cadavre, soit pour des raisons thérapeutiques, soit dans le cadre d’un embaumement ? Si d’autres examens, comme les isotopes par exemple pour connaitre l’origine géographique de cette personne, s’avèrent essentiels pour en affiner le portrait, il n’en demeure pas moins que cette femme fait partie de l’élite, sans doute nobiliaire, ou du moins très aisée pour avoir eu des conditions de vie favorables et avoir pu être inhumée dans un chapitre masculin (comme un siècle plus tard, une noble de la région).
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