Autre publication scientifique
2023
Jean Potel. Palladio versus Vignole. Minute où il est question de l’opposition créée entre deux théoriciens italiens dans la France du XVIIe siècle et de l’invention d’un discours artistique polémique aux visées nationales. Minute d'histoire de l'architecture moderne #29, 2023. ⟨hal-04267943⟩
Dressant dans son Cours d’architecture, paru à partir de 1771, la synthèse de plus d’un siècle d’affirmation des particularismes nationaux, le dogmatique Jacques-François Blondel déclare, au détour d’observations sur l’entablement de l’ordre toscan, que « nos Architectes françois » ont « préféré en général dans leurs compositions la doctrine de Vignole à celle de Palladio et de Scamozzi ». Précisant s’être lui-même conformé au sentiment de l’architecte émilien, il s’inscrit ici dans une tradition théorique déjà ancienne, dont Augustin Charles d’Aviler a fixé la tendance en 1691 avec sa traduction augmentée de la Regola (1562), devenue dès le tournant du siècle le manuel de base des architectes français. Depuis, la majorité des historiens s’est accordée au principe selon lequel Palladio n’aurait joui en France que d’une « admiration réservée » (Claude Mignot) avant le mouvement néo-antique du milieu du XVIIIe siècle, et cela notamment parce que la théorie de Vignole lui aurait été préférée. Mais une question reste en suspens : dans un XVIIe siècle dont le but premier a été l’affirmation des spécificités de l’art de bâtir national, pourquoi donc la mise en avant de Vignole s’est-elle accompagnée du rejet si catégorique de Palladio ?