Article dans une revue
- avec comité de lecture
2025
Eva Portel. L’État islamique et le patrimoine culturel. Études internationales, 2025, 55 (3), pp.395-416. ⟨10.7202/1120072ar⟩. ⟨halshs-05526651⟩
Les destructions de biens culturels en temps de conflit armé ont généré de nombreuses dynamiques de politisation et de dépolitisation étudiées dans différents contextes (États, organisations internationales, etc.). Cet article propose d’explorer un aspect peu étudié par les travaux en science politique : la politisation des destructions par leurs auteurs. Il s’agit donc de rendre compte des mécanismes de politisation des destructions de biens culturels par le groupe État islamique en Iraq et en Syrie entre 2014 et 2019. Au-delà de l’application de la doctrine religieuse salafiste, la destruction organisée des biens culturels permet au groupe de se construire et de s’affirmer comme autorité politique en accaparant différents secteurs traditionnellement considérés comme de l’ordre du régalien (que ce soit la capacité d’édicter les normes sociales ou celle de les faire respecter – la police, l’armée, la justice et le domaine fiscal). De manière complémentaire à ces aspects formels, les destructions de patrimoine témoignent de la volonté de l’EI de construire sa légitimité afin de consolider ses revendications à incarner l’autorité politique.