Vernissage le 26 juin 2026 à 18 heures
Ouvert du mardi au samedi, de 12h à 19h
sauf les mercredis, de 16h à 19h
Tous les samedis à 15h30
VISITE COMMENTÉE HEBDOMADAIRE
Durée approximative 30 minutes
Artistes
Malek Abdelmajeed, Jeanne Beyaert, Antoine Cléret, Éléonore Coyola, Anna Giner, Balthazar Gousseff, Aly Kahtane, Elene Lapiashvili, Maëlle Lucas-Le Garrec, Justin Marconnet, Rada Borissova et Pierre Sérot
Avec la participation dans le catalogue d'exposition de
Mariana Escobar, Éloi Azur Rudelle, Shivay La Multiple et Thomas Lemire
Curation :
Collectif Néra
Je laisserai toutes sortes d'oiseaux voler chez moi
Je laisserai toutes sortes d’oiseaux voler chez moi. Je ne fermerai jamais les fenêtres et le vent enveloppera toujours mes pas. Dans la pièce des souvenirs, je mettrai mes jours. Qui voudra me parler de mon premier jour, après avoir joué de l’ocarina, pourra entrer chez moi. S’il ne piétine pas mes oiseaux ni mes jours, je serai heureux de lui parler. Toute la maison sera d’une seule couleur, seule ma chambre aura un mur d’une autre couleur qui sera un peu comme la couleur du temps.
Giuseppe Penone, Respirer l’ombre, 2008 [1969]
Le collectif NÉRA est ravi de présenter l'exposition Je laisserai toutes sortes d’oiseaux voler chez moi, qui réunit des œuvres créées par les étudiant·es de l’École des Arts Décoratifs – PSL et de l'École des BeauxArts de Paris, en partenariat avec le Master 2 professionnel « L'art contemporain et son exposition » de Sorbonne Université, au sein duquel le collectif a été formé. L'exposition se construit autour d’une expérience commune à tous·tes : vivre un état de transition. Il s’agit d’un moment d’instabilité, où la construction et l’aboutissement existent à l’unisson. Cet état d’entre-deux, poreux, n’est fixé ni dans une temporalité ni dans une direction définie. Cette réflexion entre aussi en résonance avec un moment particulier vécu à la fois par les artistes et par les commissaires de l’exposition, pour la plupart marqué·es par la sortie d’un cycle et l’entrée dans un avenir professionnel encore ouvert.
Cette exposition s’appuie sur la notion de « traversée » formulée par le philosophe camerounais Jean-Godefroy Bidima, qui refuse les frontières figée ; à la fois entre les territoires mais aussi entre les cultures, les identités. On ne s’installe donc jamais dans un lieu mais on le traverse : on y entre pour le parcourir et en sort transformé·e. Imaginons un·e navigateur·ice qui ne vit ni sur la rive en amont, ni sur celle en aval, ni même sur le fleuve lui-même : iel réside dans le mouvement de son courant. « La traversée se définit sans départ ni arrivée, elle est multiple et exponentielle. C’est une faille toujours ouverte dans le temps et l’espace1. »
La narration, adoptée comme méthodologie, occupe une place importante tant dans les œuvres que dans la démarche du collectif NÉRA. Raconter devient une manière de traverser les états transitoires, ou d’imaginer d’autres possibles. Les rêves, l’invocation des imaginaires ou la mémoire du vécu personnel deviennent des supports pour évoquer des histoires. Les œuvres réunies explorent différentes manifestations de ces états. Certaines s’appuient sur des histoires ou des objets « réconfortants » avec lesquels nous avons grandi ; d’autres révèlent des émotions inconfortables ou des collections personnelles exposées au regard extérieur. Certaines renvoient à des déplacements géographiques en ré-invoquant des moments ou des espaces du passé qui ne reviendront plus. D’autres abordent des fluctuations identitaires, tandis que certaines convoquent des imaginaires futurs, possibles ou irréels. Plusieurs œuvres
laissent également apparaître une attention portée aux manières d’habiter un territoire, de coexister avec le vivant ou de penser les traces laissées par les activités humaines. Enfin, certaines œuvres explorent la perception du temps souvent de manière non linéaire. Ensemble, elles composent un assemblage de traces d’expériences traversées.
C’est dans ce cadre que le titre de l’exposition prend tout son sens, Je laisserai toutes sortes d’oiseaux voler chez moi, d’un poème de Giuseppe Penone. « Laisser voler » implique un accueil de l’instable, de ce qui traverse un espace sans se fixer, « toutes sortes d’oiseaux » deviennent l’image, des mémoires, des récits ou des identités évoqués par les œuvres. Ces éléments sont alors accueillis « chez moi », formulation qui renvoie au lieu de l’exposition, pensé comme un espace poreux, ouvert sur l’extérieur, capable de recevoir des expériences multiples pour les laisser coexister. Le « je », enfin, renvoie à une expérience vécue comme singulière, chacun·e ayant expérimenté une forme de transition.
Déclaration du collectif : NÉRA est un collectif curatorial de 12 étudiant·e·s qui s'est formé au sein du Master 2 professionnel « L’art contemporain et son exposition » de Sorbonne Université. Le collectif a pour ambition d'accompagner de jeunes artistes au début de leur parcours professionnel, en soutenant la production de leurs œuvres et en leur offrant un espace de visibilité, tant par l’exposition que par le catalogue qui accompagne le projet. NÉRA est un acronyme qui réunit les notions de Narration, Édition et Recherche Artistique, trois axes qui structurent la pratique et la manière d’envisager l’exposition comme un espace de production de sens et de relations autant que de formes.
- 1Jean-Godefroy Bidima, « De la traversée : raconter des expériences, partager le sens », Rue Descartes, n° 36, 2002, p. 7-18.