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Appel - Peintures antiques et médiévales

Approches techniques comparées
Enduits peints carolingiens, abbaye de Fleury, cliché Claire Boisseau
Appel à contribution
Date limite :
Jeudi 1er octobre 2026
Galerie Colbert (INHA), Salle Vasari (1er étage), 2 rue Vivienne ou 6 rue des Petits-Champs, 75002 Paris

Journée d'études Peinture murale
Le 27 avril 2027

Organisée par Claire Boisseau (CR CNRS Centre André-Chastel), Mathilde Carrive (Mcf Poitiers, Herma), Amaëlle Marzais (Mcf Lyon 2, ArAr)

Dans l’historiographie, les peintures médiévales ont parfois pâti d’un jugement esthétique et technique péjoratif, fondé sur une image idéalisée de la fresque antique, idéal absolu à l’aune de laquelle elle était décrite. La “fresque” médiévale serait ainsi l’imparfaite héritière de son illustre prédécesseur antique en raison d’une prétendue décadence de la maitrise technique. Largement inspiré de la lecture évolutionniste de l’art, ce jugement sévère s’explique par l’application à la période médiévale d’une lecture trop littérale des traités antiques, sans comparaison critique entre les principes décrits dans les textes et la réalité du travail observé sur les peintures antiques. Ce faisant, ce postulat occulte les choix techniques liés à une recherche esthétique, aux matériaux disponibles, ou encore à l’organisation du chantier.

L’étude matérielle des peintures antiques apporte une vision plus nuancée de l’idéal artistique antique. De fait, l’importance accordée à la maitrise technique, véritable critère d’appréciation d’une œuvre, résulte de la redéfinition du concept d’art et d’artiste à partir de la Renaissance : un artiste se reconnaît à son style mais aussi à sa maitrise technique. L’étude des peintures qu’elles soient antiques ou médiévales est donc héritière de l’histoire de l’histoire de l’art. Toutes deux sont observées à la lumière des préoccupations modernes et de la terminologie forgée depuis le XVIe siècle sans considération de leur pertinence ou non pour des périodes antérieures.

Depuis plusieurs décennies, l’approche matérielle a renouvelé l'étude des peintures murales. Le développement des analyses physico-chimiques, de l’archéométrie, de la toïchographologie et de l’archéographie éclaire la matérialité sous un jour nouveau et renouvèle l’histoire des techniques picturales, depuis la provenance des matériaux utilisés, que soit pour les mortiers ou les couches picturales, jusqu’à leur mise en œuvre sur les murs.  Il soulève également des questions sémantiques. Les débats sur le terme “fresque” utilisé pour les œuvres monumentales du Moyen Âge en France, en sont un exemple : rend-t-on la volonté de peindre à frais, même si certaines étapes sont posées à sec ? S'appuie-t-on sur la description faite dans les traités antiques ou raisonnons-nous à partir de la réalité chimique selon laquelle le voile de carbonatation d’une fresque doit nécessairement couvrir l’ensemble des couches picturales de l'œuvre ? Un consensus semble se dessiner autour de la terminologie “technique mixte issue de la fresque”, qui rend explicitement la combinaison volontaire d’étapes posées à frais et d’autres à sec, effective pendant la période romane et pour certains ensembles italianisants plus tardifs. Ces questionnements sémantiques peuvent s’étendre à la production antique. La question de la technique utilisée pour l’application des pigments a fait l’objet de débats anciens, notamment pour la peinture romaine. Si un consensus semblait s’être finalement dessiné au sein de la communauté archéologie pour reconnaître que la fresque était la principale technique utilisée, la multiplication des analyses archéométriques montre que les solutions sont multiples, justifiant pleinement le terme de « technique mixte ».

Pour nourrir les réflexions collectives et réinterroger nos pratiques en s’affranchissant des poncifs historiographiques, il semble pertinent de comparer les approches développées parallèlement par les antiquisants et les médiévistes, les historiens de l’art et les archéologues sur les techniques, les matériaux et leur mise en œuvre. Parmi elles, une place particulière sera accordée à l’expérimentation, qui s’impose progressivement comme une méthode scientifique à part entière pour tester des hypothèses, mieux comprendre les traces à la surface des œuvres et, de manière plus générale, mieux appréhender la matérialité des productions. Au-delà de ces aspects méthodologiques, cette journée permettra d’observer et de mieux discuter la continuité technique, de repérer les temps de mutation pour réfléchir à leurs causes (matériaux disponibles, gestion du chantier, choix formels ou esthétiques).

Sont attendus des réflexions méthodologiques, des dossiers comparatifs ou des cas d’études, s’intégrant au sein des trois axes suivants :

  • Axe 1 : Questionnements terminologiques et questionnements techniques (recettes, mise en œuvre, pigments, enduits, etc.)
  • Axe 2 : Les apports de l’expérimentation
  • Axe 3 : Études de cas, autant de lots fragmentaires que d’ensembles conservés in situ. Les dossiers mettant en relation les peintures avec les autres arts (polychromies architecturales, stucs, etc.) sont également bienvenus.
Les communications (20 min de temps de présentation + 10 min de questions) pourront être spécialisées sur l’une des deux périodes, ou bien mettre en comparaison les deux. Sont attendues autant les études individuelles que des présentations méthodologiques (protocoles d’investigations) ou des questionnements ouverts.
Un résumé d’une page maximum précisant l’institution de rattachement, accompagné d’une courte biographie sont à envoyer à claire [dot] boisseauatcnrs [dot] fr (claire[dot]boisseau[at]cnrs[dot]fr)amaelle [dot] marzaisatuniv-lyon2 [dot] fr (amaelle[dot]marzais[at]univ-lyon2[dot]fr) et mathilde [dot] carriveatuniv-poitiers [dot] fr (mathilde[dot]carrive[at]univ-poitiers[dot]fr) avant le 01 octobre 2026

Bibliographie indicative

Alix Barbet (dir.), La peinture romaine : du peintre au restaurateur, Saint-Savin, CIAM, 1997.

Claire Boisseau, « De la théorie à la pratique : le chantier pictural médiéval à la lumière d’un chantier récent », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], 30.1 |2026, https://journals.openedition.org/cem/25105 

Mathilde Carrive, Habiter le décor. Peinture murale et architecture domestique en Italie centrale (fin Ier -fin -IIIe s. p.C.), Bordeaux, Ausonius éditions, 2025

Pascal Capus et Alexandra Dardenay (éd.), L’empire de la couleur. De Pompéi au sud des Gaules, Toulouse, 2014.

Anne Leturque, « Le savoir technique dans l’art de peindre au Moyen Âge : les modes opératoires décrits dans le Liber Diversarum Artium (MS. H277, bibliothèque de l’école de médecine de Montpellier) », In Situ, 22 (2013), en ligne [https://journals.openedition.org/insitu/10646?lang=en]

Amaëlle Marzais, « Peindre sur les murs en Touraine au Moyen Âge (XIe-XVe siècle) : processus créatifs et mises en œuvre », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], 29.2 | 2025, mis en ligne le 15 janvier 2026, consulté le 02 février 2026. URL : http://journals.openedition.org/cem/ 24579  ; DOI : https://doi.org/10.4000/15lpy

Christian Sapin (dir.), Peindre à Auxerre au Moyen Âge, IXe-XIVe siècles. 10 ans de recherche à l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre et à la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre, Auxerre/Paris, 1999

Carolina Sarrade, « Comprendre la technique des peintures romanes par le relevé stratigraphique », In Situ, 22 (2013), en ligne [https://journals.openedition.org/insitu/10641]

Paolo Tomassini &  Marco Cavalieri, La peinture murale antique : méthodes et apports d’une approche technique, actes du colloque international de Louvain-la-Neuve, 21 Avril 2017, Edizioni QUASAR, 2021.