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2026
Jean Potel. Deux pierres pour une nation. Minute où il est question de calcaire et d’ardoise, d’investissement symbolique des matériaux et de la construction d’une identité artistique dans la France des XVIe et XVIIe siècles. Minute d'histoire de l'architecture moderne #56, 2026. ⟨hal-05680465⟩
Dans le trente-et-unième sonnet de ses Regrets, rédigés durant son séjour à Rome, le poète angevin Joachim du Bellay, souffrant du mal du pays, se fait au détour d’un tercet fameux, la cocarde de l’architecture de sa nation. Se comparant à l’« Heureux, qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage », il se languit des douceurs de sa terre natale et déclare en une comparaison audacieuse : « Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux / Que des palais Romains le front audacieux, / Plus que le marbre dur, me plaît l’ardoise fine ». Loin d’être le reflet de l’idée singulière du poète, l’alexandrin est révélateur du mouvement d’affirmation de l’indépendance de l’art de bâtir « national » porté par les Français dès le milieu du XVIe siècle. Si le phénomène est connu et étudié de longue date, c’est toutefois essentiellement en se concentrant sur l’analyse des formes, tandis que ses matériaux constitutifs n’ont pas suscité de plus amples développements que le rappel de leur fréquente limitation au duo formé par le calcaire blond et l’ardoise bleutée. Il apparaît pourtant que cette association lithique a, tout autant que les questions stylistiques, participé à l’invention d’un art de bâtir caractérisé, de sorte qu'il est bel et bien affaire de la construction d’une identité architecturale « nationale » par le prisme de ses matériaux. Mais pourquoi les théoriciens, les architectes et les autorités culturelles de la France des XVIe et XVIIe siècles ont-ils cherché à façonner cette identité en construction par la mise en œuvre volontaire et exclusive du calcaire et de l’ardoise ? Et comment sont-ils parvenus à ce que le discours conféré à ceux-ci s’impose et se maintienne jusqu’à nos jours, que ce soit dans la pratique constructive ou l’imaginaire commun ?