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Étudier les vestiges des costumes des élites de l’âge du Bronze en Europe

Vers l’émergence de phénomènes de mode
Conference paper
2026
Tara Chapron. Étudier les vestiges des costumes des élites de l’âge du Bronze en Europe. Conférences du MAN, Musée d’Archéologie nationale - Domaine national du château de Saint-Germain-en-Laye, Mar 2026, Saint-Germain-en-Laye/Paris, France. ⟨hal-05581873⟩
Depuis au moins le XIXᵉ siècle en Europe, les recherches archéologiques ont permis la mise au jour d’ensembles permettant notamment l’étude des systèmes de costume des individus, le plus souvent élitaires, de l’âge du Bronze. Ces vestiges sont de natures très variées d’une aire culturelle à une autre, tant d’un point de vue qualitatif que quantitatif. La région nordique et la région égéenne se démarquent en particulier par la richesse du mobilier archéologique préservé. Ces ensembles mis à jour apparaissent marqués par une esthétique bien définie, suggérant l’existence de dynamiques de diffusion, d’imitation et de renouvellement. Dans ce contexte, se pose la question de la pertinence de la définition sociologique de la mode pour expliciter les phénomènes de diffusion des systèmes vestimentaires au sein des sociétés anciennes. Longtemps, les vestiges archéologiques de cette période ont été principalement étudiés à travers des analyses typologiques et des descriptions techniques de la culture matérielle des sociétés protohistoriques européennes. Ce travail se propose d’en offrir une lecture renouvelée, centrée sur la formation du goût et les modes de diffusion, en mobilisant des concepts issus de l’anthropologie du vêtement et de la sociologie de la mode. L’approche vise ainsi à mieux saisir les significations culturelles et symboliques des parures et vêtements, à éclairer les mécanismes de distinction sociale et de circulation des styles vestimentaires, et à introduire des méthodes telles que l’analyse comparative ou l’étude des réseaux pour ouvrir de nouvelles perspectives d’interprétation des données archéologiques. Une telle démarche requiert toutefois une attention particulière aux contextes culturels et aux enjeux épistémologiques pour assurer une interprétation rigoureuse et nuancée des vestiges archéologiques. Cette approche interdisciplinaire permet d’esquisser une histoire du goût appliquée aux sociétés protohistoriques, en interrogeant la circulation des modèles vestimentaires et des matières premières au sein d’élites que l’archéologie identifie comme particulièrement mobiles, notamment en Europe septentrionale. Cette mobilité, structurée par des systèmes d’alliances, de transferts techniques et de circulation d’idées, trouverait un écho direct dans la morphologie du costume, dans le choix des matériaux comme dans la combinaison des éléments de parure. A l’âge du Bronze, le développement de réseaux d’échanges à l’échelle européenne a favorisé l’émergence d’élites dont le statut se donne à voir, dans le registre archéologique, par des ensembles vestimentaires le plus souvent funéraires, qui constituent de véritables « systèmes » de représentation sociale. Ces ensembles sont fréquemment composés de matériaux rares ou techniquement sophistiqués, impliquant des chaînes opératoires complexes, des savoir faire spécialisés et des réseaux d’approvisionnement étendus, autant d’indices matériels des hiérarchies et des dépendances économiques. L’esthétique vestimentaire, particulièrement celle des élites, apparaît ainsi étroitement dépendante des configurations politiques, économiques et culturelles, le costume fonctionnant comme une parure socialement signifiante, de l’habit aux accessoires, et comme un support de codification des identités (statut, genre, appartenance communautaire). En inscrivant ces données dans une Histoire de la mode et des apparences, il devient possible de questionner, d’un point de vue épistémologique, la manière dont les archéologues infèrent fonctions, représentations et mécanismes de distinction sociale à partir de vestiges fragmentaires, en confrontant systématiquement culture matérielle, contextes de découverte et modèles théoriques. Une telle démarche invite enfin à interroger l’agentivité du costume, entendu non seulement comme reflet des structures sociales, mais comme acteur à part entière des interactions, des pratiques du corps et des trajectoires individuelles, ce qui suppose de discuter les limites de nos catégories (genre, statut, « élite ») et de nos outils d’interprétation.
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