Conference paper
2025
Marie Savoldelli. À la recherche de la lumière : le peintre verrier Jacques Simon à l’Exposition de 1925. Les Rencontres des Arts Décoratifs : Arts décoratifs, Mode, Design, Jardins autour de 1925, Musée des Arts décoratifs, Apr 2025, Paris, France. ⟨hal-05561988⟩
Le contexte de la Première Reconstruction est très favorable au vitrail et à ses praticiens qui reçoivent de très nombreuses commandes. Le vitrail est en vogue dans le domaine religieux bien entendu, mais aussi pour les grands ensembles publics civils, les lieux de divertissement, les commerces ou encore chez les particuliers. Pris d’un désir de renouveler leur art et leur pratique, les peintres verriers développent une démarche qui concorde avec les objectifs artistiques et économiques de l’Exposition internationale de 1925, ainsi qu’avec l’esprit de « modernité » alors recherché. Les artistes ayant toujours besoin de se faire connaître auprès de leurs confrères et de la clientèle, les arts du verre sont omniprésents et, pour la première fois dans une exposition internationale, l’art du vitrail est valorisé par l’érection d’un pavillon qui lui est spécifiquement dédié, et ce dès la préfiguration de la manifestation. Pour cette construction, l’architecte Woog, assisté par Bouvet et conseillé par Charles Genuys, imagine une « lanterne » en béton armé dont les murs disposés en dents de scie permettent l’exposition des œuvres de manière relativement isolées et éclairées par la lumière naturelle. Les peintres verriers qui se plaignent des conditions de présentation de leurs œuvres depuis le XIXe siècle bénéficient enfin d’un lieu destiné à présenter leur art comme il se doit. Néanmoins, la réussite de cette entreprise est assez relative. Lors de son inauguration, le pavillon est admiré pour son adaptation aux exigences d’exposition des vitraux, mais décrié pour la présentation cacophonique de cent dix-sept verrières accumulées dans seulement vingt-six baies. En accord avec les principes portés par les organisateurs de l’événement qui souhaitent juger les œuvres « et non les hommes ni les firmes », la sélection des artistes se fait démocratiquement par un jury et en fonction des projets soumis. Mais les emplacements dans le pavillon sont plus ou moins avantageux en raison de la taille des baies et de leur situation dans l’édifice ; certains exposants prennent possession de plusieurs baies contrairement à d’autres qui partagent parfois une seule fenêtre avec d’autres confrères. Ainsi l’attribution de ces emplacements aux trente-sept peintres verriers retenus, marque de fortes inégalités entre les membres du groupe 6 : « Art et industrie du verre ». Parmi les exposants, le Rémois Jacques Simon ne manque pas cette occasion de faire connaître son travail. L’étude de sa participation à l’Exposition de 1925 est particulièrement intéressante, car elle est très bien documentée grâce aux archives du fonds Simon-Marq conservé à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie. Elle nous permet de constater les enjeux économiques, publicitaires et artistiques qu’un tel événement représente pour les peintres verriers ainsi que les bénéfices somme toute relatifs que celle-ci leur rapporte. De plus, en tant qu’artiste de province, Jacques Simon collabore aussi à la décoration du Mausolée aux morts de Champagne où il fait face à des contraintes bien différentes par rapport à celles du Pavillon du vitrail. Ainsi, nous pouvons nous demander de quelle manière celui-ci souhaite et réussit à mettre en lumière son art lors de cette Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes qui marque encore aujourd’hui un jalon essentiel dans l’étude des vitraux de l’entre-deux-guerres.