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L’art, la technique & l’horizon

Jean Tschumi (1904-1962) et l’architecture corporate après-guerre en Europe et en Amérique du Nord
Jean Tschumi, Pierre Bonnard, World Health Organization Headquarters, Geneva, 1959-1965. Cliché J.-B. Minnaert
Seminar
5th February 2026 from 18:00 pm to 20:00 pm
Galerie Colbert (INHA), Salle Vasari (1er étage), 2 rue Vivienne ou 6 rue des Petits-Champs, 75002 Paris

Deuxième séance du Séminaire international du Centre André-Chastel - 2026

Avec Jean-Baptiste Minnaert
Jean Tschumi (1904-1962) et l’architecture corporate après-guerre en Europe et en Amérique du Nord

Né près de Genève en 1904, fils d’un menuisier et ébéniste, Jean Tschumi suit une formation de décorateur au Technicum de Bienne en Suisse, puis il intègre l’École des beaux-arts de Paris en 1923, dont il sort diplômé en 1932. En 1931-1933, il suit aussi les cours de l’Institut d’urbanisme de l’université de Paris. Il participera à quelques concours d’urbanisme comme celui de Stockholm (1931-1932), ou à des études de grande ampleur comme le Paris souterrain (1937).
De 1926 à 1933, Jean Tschumi travaille chez l’ensemblier Jacques-Émile Ruhlmann puis chez le ferronnier d’art Edgar Brandt. Dans la suite des années 1930, Jean Tschumi mène des activités d’architecte-décorateur ; c’est aussi par le mobilier et la décoration de bureaux, que le jeune architecte suisse aborde l’architecture corporate.
Dès 1926, Jean Tschumi rencontre Édouard-Marcel Sandoz (1881-1971), sculpteur et fils du fondateur de l’industrie chimique et pharmaceutique du même nom. Cette amitié est à l’origine de nombreuses commandes de décoration et d’architecture de la part de la firme. Une autre grande firme suisse, Nestlé, commande à Tschumi son pavillon pour l’Exposition internationale des arts et des techniques de 1937 à Paris.
C’est après la Seconde Guerre mondiale que sa carrière s’épanouit avec d’importantes commandes d’usines et de sièges sociaux, tant en Suisse qu’en France. Jean Tschumi sera l’homme de deux villes : Paris et Lausanne où se situent ses deux agences. Parmi les commandes que lui passe Sandoz, l’usine bâtie à Orléans en 1946-1956 lui confère une notoriété tant française que suisse. Le béton armé y est traité dans une sensibilité proche du maître français Auguste Perret. Cette période d’après-guerre voit cependant les références françaises de Jean Tschumi se doubler d’un rapport nouveau aux réalisations américaines, qu’il découvre lors de son premier voyage aux USA en 1952.
Le siège de la compagnie d’assurances Mutuelle vaudoise, que Jean Tschumi bâtit à Lausanne en 1951-1956 ouvre un cycle de projets et réalisations qui convoquent les références à Ludwig Mies van der Rohe, Gordon Bunshaft, Marcel Breuer, ou encore Eero Saarinen. Jean Tschumi n’a pourtant rien d’un épigone : la Mutuelle vaudoise et les réalisations ultérieures montrent une sensibilité au site et une finesse de mise en œuvre qui n’ont rien à envier aux meilleures réalisations américaines.
Jean Tschumi s’illustre à plus grande échelle avec le siège social de Nestlé, contruit à Vevey, près de Lausanne, en 1956-1960. Ce splendide bâtiment en Y, dont Tschumi supervise la décoration et conçoit aussi le mobilier, rivalise avec le palais de l’Unesco, également en Y, que Marcel Breuer co-réalise peu auparavant à Paris. La réussite technique et esthétique du siège de Nestlé vaut à Jean Tschumi, en 1960, le prestigieux prix pour l’utilisation de l’aluminium de la compagnie américaine Reynolds.
Jean Tschumi jouit dorénavant d’une renommée transatlantique. La même année, il remporte le concours international pour le siège de l’Organisation mondiale de la santé à Genève. Par son ampleur et son ambition, ce bâtiment se hisse à la hauteur du palais de l’ONU à New York et du siège de l’Unesco à Paris. Le siège de l’OMS est achevé en 1965, après la mort subite de l’architecte en janvier 1962.
L’ascension de Jean Tschumi repose aussi sur l’envergure qu’il acquiert au sein de l’Union internationale des architectes dont Jean Tschumi est le président de 1953 à 1957. Cette ascension repose aussi sur la stature institutionnelle qu’il retire de son statut de professeur et directeur de l’atelier d’architecture et d’urbanisme de l’École polytechnique de l’université de Lausanne (future EPFL) de 1943 jusqu’à 1961. Cette stature l’ont conforté comme le brillant concepteur de palais modernes, pour des usines et sièges sociaux de grandes entreprises, puis pour une organisation supranationale.
Les architectures corporate de Jean Tschumi sont un cas significatif d’américanisme européen. La conférence explorera les réalisations de Jean Tschumi, dans la superposition des références françaises de la jeunesse et des références américaines de la maturité.